Au sortir des années de reconstruction, l’Italie s’apprête à vivre son miracle économique et à réinventer l’art de vivre méditerranéen. C’est en 1951 que la maison de Borgo San Paolo dévoile ce qui deviendra l’archétype absolu de l’automobile d’exception : la Lancia Aurelia B20 GT.
Récemment couronnée dans la catégorie reine des « Dive della Dolce Vita » lors du prestigieux Concorso d’Eleganza di San Pellegrino Terme, la berlinette turinoise a rappelé au monde qu’elle n’était pas seulement une reine de beauté, mais l’acte de naissance du Grand Tourisme moderne.
L’invention du concept Grand Tourisme
Avant l’apparition de la B20 GT au Salon de Turin 1951, le monde automobile séparait strictement les lourdes berlines familiales des spartiates barquettes de compétition.
Sous l’impulsion de Gianni Lancia et du génial ingénieur Vittorio Jano, Lancia fusionne ces deux univers :
- Un habitacle 2+2 raffiné : Une ligne de coupé fluide, compacte et intemporelle dessinée par Felice Mario Boano chez Ghia et sublimée par Pinin Farina.
- Le premier V6 de série de l’histoire : Conçu par Francesco De Virgilio, le moteur V6 à 60° tout aluminium (d’abord en 2,0 litres puis en 2,5 litres) allie compacité, équilibre thermique et montées en régime mélodieuses.
- L’appellation « Gran Turismo » : La B20 GT inaugure officiellement le sigle GT, définissant une auto capable d’avaler les kilomètres à haute vitesse dans un confort princier tout en étant prête à s’aligner au départ d’une course internationale.
Une architecture mécanique d’avant-garde : L’équilibre du Transaxle
Sous sa robe épurée, l’Aurelia B20 GT cache des solutions d’ingénierie révolutionnaires pour l’époque :
- Schéma Transaxle : L’embrayage, la boîte de vitesses à quatre rapports et le différentiel sont regroupés sur l’essieu arrière, garantissant une répartition des masses idéale (50/50) et une motricité exceptionnelle.
- Freins inboard : Les tambours arrière sont accolés au différentiel pour réduire drastiquement les masses non suspendues.
- Liaisons au sol de précision : D’abord dotée de quatre roues indépendantes, elle adopte à partir de la 4e série le fameux essieu arrière rigide de type De Dion avec ressorts semi-elliptiques, offrant une tenue de cap impériale sur les routes sinueuses.
Cette suprématie technique s’illustre immédiatement en compétition : dès 1951, l’Aurelia B20 GT termine 2e au classement général des Mille Miglia derrière une Ferrari de cylindrée bien supérieure, avant de remporter sa catégorie aux 24 Heures du Mans, à la Targa Florio et au Liège-Rome-Liège.
Du bitume de la course aux boulevards de la Dolce Vita
Au-delà de son palmarès sportif, l’Aurelia B20 GT est devenue le symbole d’une Italie triomphante, élégante et insouciante. Conduite par les grands capitaines d’industrie, les artistes et les pilotes d’élite comme Juan Manuel Fangio ou Alberto Ascari, elle incarna l’âge d’or du cinéma transalpin — immortalisée plus tard dans le chef-d’œuvre de Dino Risi, Il Sorpasso.
Son sacre estival à San Pellegrino Terme dans la catégorie « Dive della Dolce Vita » consacre une évidence historique : soixante-quinze ans après ses premiers tours de roues, la Lancia Aurelia B20 GT demeure le chef-d’œuvre d’équilibre où l’élégance pure s’efface devant le génie de l’ingénierie.


