Saga Italdesign – Épisode 5 : Lancia Prisma (1982), le coup de génie de la berline tricorps parfaite
Dans l’histoire du design automobile, greffer un coffre à une berline bicorps existante est un exercice périlleux qui accouche souvent de silhouettes déséquilibrées. Pourtant, en 1982, Giorgetto Giugiaro va réaliser un véritable tour de force avec la Lancia Prisma. Dérivée directe de la Delta, elle va s’imposer comme l’une des Lancia les plus produites de l’histoire grâce à une élégance intemporelle.
Conçue en parallèle de la future berline haut de gamme Thema (qui ne sortira que deux ans plus tard, en 1984), la Prisma a pour mission d’offrir une alternative tricorps chic, statutaire et bourrée de qualités routières sur le segment des familiales compactes.
L’art du recyclage industriel et stylistique
Pour contenir les coûts de développement et de production, Italdesign doit composer avec une contrainte industrielle majeure : réutiliser un maximum de pièces de la Delta de 1979. Le génie de Giugiaro va être de rendre cette parenté invisible au premier coup d’œil en sculptant des proportions impeccables.
La Prisma partage pourtant une quantité impressionnante d’éléments structuraux avec sa sœur à hayon :
- Le pare-brise et le pavillon (toit).
- Les portières et leurs piliers.
- Le capot avant et les garde-boue.
C’est sur la partie arrière que le magicien d’Italdesign concentre ses efforts. En étirant une malle classique, parfaitement intégrée et harmonieuse, il rompt totalement avec l’allure sportive de la Delta pour donner à la Prisma une image de mini-Thema avant l’heure.
Un succès commercial fulgurant
Le résultat est une berline d’une élégance rare, aux lignes tendues et aux proportions d’une justesse chirurgicale. Le marché européen ne s’y trompe pas. Alors que le public boude souvent les déclinaisons à coffre des compactes, la Prisma s’offre une identité propre, haut de gamme et particulièrement valorisante.
Dotée de motorisations brillantes (dont les fameux blocs double arbre à cames en tête) et, plus tard, d’une transmission intégrale 4WD, elle s’installe immédiatement comme le choix des cadres et des conducteurs raffinés des années 80.
La Lancia Prisma restera à jamais dans les annales comme la preuve concrète que la rationalisation industrielle, lorsqu’elle est sublimée par le crayon d’Italdesign, peut donner naissance à un chef-d’œuvre de classicisme et d’équilibre.
