À l’occasion des premiers essais presse internationaux de la nouvelle Lancia Gamma, Arnaud Belloni a pris la parole devant les journalistes pour introduire ce lancement stratégique. Entre attachement viscéral à la marque, souvenirs de ses débuts, vision du marché automobile et fierté de dévoiler le nouveau vaisseau amiral italien, le dirigeant livre sa vision sans détour.
Votre histoire avec Lancia ne date pas d’hier. Que représente pour vous le fait d’introduire aujourd’hui ce nouveau chapitre ?
Arnaud Belloni : Il y a vingt-cinq ans, à l’époque de Fiat France, j’étais patron de la marque pour l’Hexagone, ce qui ressemble presque à une éternité. Durant cette période, j’ai accompagné les lancements de l’Ypsilon de Luca di Montezemolo, de celle d’Olivier François, ainsi que des Musa, Phedra et Delta. Je n’avais pas lancé la Thesis, mais je m’en souviens encore parfaitement. C’est aussi une histoire très personnelle, puisque mes enfants sont nés quand j’étais chez Lancia. J’aime cette marque d’un attachement profond et sincère. J’ai même eu la chance de célébrer son centenaire, de fédérer les clubs et d’apprendre ce que signifie entrer dans la grande histoire automobile.
Dans une production automobile mondiale souvent jugée trop uniforme, quelle place réservez-vous à l’ADN de Lancia ?
Arnaud Belloni : Les fondamentaux demeurent intacts : élégance et tempérament. En anglais, on dirait grace and grit. Lancia reste une marque à part. Cela fait plus de trente ans que l’on entend que les voitures finissent par toutes se ressembler, mais la tendance s’est accentuée de façon spectaculaire avec l’arrivée des constructeurs chinois et le mimétisme de certains européens. Dans ce paysage, proposer des automobiles racées, dotées d’une vraie personnalité, est devenu précieux. Chez Lancia, cette distinction s’exprime immédiatement dans le soin apporté au dessin des jantes, au travail sur la signature lumineuse, à l’agencement des planches de bord et à la noblesse des matériaux choisis.
Et le tempérament, c’est bien sûr le lien indéfectible avec la compétition ?
Arnaud Belloni : Absolument. Notre héritage sportif parle de lui-même avec dix titres de champion du monde des rallyes, dont six consécutifs, ce qui constitue toujours une référence absolue. La marque a d’ailleurs renoué avec les spéciales en Rally2, et s’imposer dès ce retour possède une portée hautement symbolique.
Comment avez-vous appréhendé cette nouvelle Gamma à votre arrivée ?
Arnaud Belloni : Lorsque j’étais chez la concurrence, focalisé sur des citadines, je n’avais pas vu arriver ce projet. La surprise a été totale, et surtout excellente. Pour avoir connu l’époque de la Thesis, voir naître un vaisseau amiral Lancia doté d’une forte personnalité, très stylisé tout en demeurant abordable esthétiquement, est une vraie réussite. La voiture préserve une identité marquée, tout en offrant de l’habitabilité, un volume de coffre généreux et des motorisations particulièrement abouties.
Quel regard portez-vous sur les choix techniques retenus pour ce modèle ?
Arnaud Belloni : Après plusieurs années consacrées à l’électrification en Europe, la découverte des groupes motopropulseurs m’a particulièrement enthousiasmé. J’aime résumer cette approche par une formule : l’éclectique électrique. Elle correspond parfaitement à la promesse de Lancia aujourd’hui, sur Gamma comme sur Ypsilon. La Gamma propose deux moteurs électriques et revendique une autonomie remarquable qui grimpe jusqu’à 741 kilomètres. Pour l’anecdote, étant originaire de Royan, le trajet Paris-Royan représente exactement 500 kilomètres. Dans ma vie d’avant, aucune électrique ne m’avait permis de relier les deux villes d’une seule traite sans un arrêt recharge d’une demi-heure à Orléans. Avec la Gamma, ce voyage direct devient enfin réalité, et je serais ravi de le réaliser en compagnie d’un journaliste. Et parce que la transition ne doit exclure personne, la gamme intègre également une déclinaison hybride capable d’atteindre 1 000 kilomètres d’autonomie, répondant aux attentes actuelles du grand public.
Les passionnés attendent toujours le blason sportif. Que leur réserve la Gamma HF ?
Arnaud Belloni : Quand on aime Lancia, on veut spontanément une déclinaison HF. Après l’Ypsilon, la Gamma a droit à cette version de pointe et ornée de l’Elefantino Rosso, et c’est évidemment un modèle emblématique à promouvoir. Avec sa configuration à deux moteurs électriques, ses quatre roues motrices, ses 375 chevaux et un 0 à 100 km/h expédié en 5,1 secondes, elle incarne la quintessence de cet éclectique électrique tout en préservant près de 700 kilomètres d’autonomie. C’est une proposition remarquable, et les essais sur la route permettront à chacun d’en mesurer les qualités dynamiques.


