Lancia Thema 8.32 : Quand la communauté des lancisti recadre la presse rétro
La Lancia Thema 8.32 ne laisse personne indifférent, même quarante anni dopo sa sortie. Le récent « match retour » publié par le site News d’Anciennes sous le titre Essai d’une Lancia Thema 8.32, droit de réponse en est la preuve éclatante. Si l’article propose une lecture pragmatique de la berline turinoise face aux contraintes routières de 2026, c’est la section des commentaires qui a véritablement pris feu, transformandosi en une masterclass technique et historique de la part des puristes de la marque.
Voici le décryptage de ce choc de visions pour les passionnés di SquadraLancia.fr.
Le regard moderne : Une berline sage au train avant lourd ?
L’essai de News d’Anciennes aborde la Thema 8.32 avec l’œil du collectionneur d’aujourd’hui. L’auteur y décrit une auto très (trop ?) discrète dans sa livrée grise de phase 1, souffrant d’un sous-virage prononcé en raison du poids de son bloc en alu sur le train avant, et dotée d’un V8 Ferrari « dégonflé » à 215 ch au tempérament feutré, difficile à exprimer sous les limitations de vitesse actuelles. L’article relaie également le fameux poncif de la mécanique inaccessible, affirmant qu’il faut sortir le moteur pour remplacer les bougies.
Si le constat de l’essayeur est respectable dans le cadre d’un usage quotidien standard, la réaction des lancisti ne s’est pas fait attendre pour rétablir les vérités techniques indispensables.
Mythe des bougies brisé : La rigueur des manuels d’atelier
C’est la première fausse vérité historique balayée par les experts de la communauté. Non, il n’est absolument pas nécessaire de déposer le moteur pour remplacer le jeu de bougies d’une Thema 8.32.
Les manuels d’entretien d’usine Lancia sont formels : le constructeur prévoyait précisément un temps barémé de 0,50 heure pour l’opération (code officiel 5510142). Mieux ancore, Lancia fournissait l’outil coudé adéquat directement dans le lot de bord logé dans le coffre. Une preuve de plus que la légende noire entourant la complexité de cette auto dépasse souvent la réalité mécanique.
Le V8 Tipo F105L : Une ingénierie profondément Lancia
L’autre grand point de friction concerne la nature même du moteur. L’essai qualifie le bloc de Maranello de version « dégonflée » par rapport à celui d’une Ferrari Mondial. La réplique technique des puristes rappelle le génie de cette adaptation : le V8 a été profondément repensé pour coller à la philosophie haut de gamme de Lancia.
Pour civiliser la mécanique sans en altérer la noblesse, les ingénieurs ont remplacé le vilebrequin plat typique des sportives de Maranello par un vilebrequin en croix (manetons décalés à 90°). Cette modification structurelle majeure a permis de basculer le caractère du moteur vers une souplesse exceptionnelle à bas régime et une régularité de fonctionnement parfaite pour une berline de grand tourisme, tout en conservant une voix grave et rocailleuse unique. Avec 285 Nm de couple dispo rapidement, la Thema 8.32 revendiquait le titre de traction la plus puissante du monde, gérée par un train avant aux triangles renforcés spécifiques et une direction Servotronic dédiée.
L’art de la sobriété italienne signé Giugiaro
La comparaison avec la Mercedes 500 E (W124) citée dans l’article a également été corrigée par l’audience : la Thema 8.32 est sortie en 1986, soit quatre ans avant l’allemande. Sa véritable cible chronologique était la BMW M5 E28, face à laquelle elle opposait une vision radicalement différente du luxe.
Dessinée par Giorgetto Giugiaro sur la plateforme Type 4, la Thema 8.32 cachait son jeu derrière une élégance typiquement italienne, faite de détails précieux et exempts d’ostentation :
- Un double filet latéral peint à la main, souligné d’un trait jaune.
- Des vitrages exclusifs teintés de reflets bronzes et des entourages cuivrés.
- Un habitacle somptueux combinant la ronce de noyer véritable au cuir Poltrona Frau ou à l’Alcantara.
- Le fameux aileron arrière rétractable, merveille aérodynamique intégrée à la malle et commandée depuis l’habitacle pour stabiliser l’auto à haute vitesse.
Portée à sa genèse par des figures visionnaires comme Vittorio Ghidella et Cesare Fiorio, construite de manière quasi artisanale à Borgo San Paolo au rythme de sept exemplaires par jour, la Thema 8.32 reste l’une des dernières berlines dans lesquelles Enzo Ferrari en personne aimait se faire conduire. Cet essai et la richesse du débat qui a suivi rappellent que l’âme et la culture technique de Lancia continuent de vibrer intensément chez les passionnés.
