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Aurelio Lampredi : L’ingénieur qui a donné un cœur (et une âme) à Lancia

S’il existe un Panthéon des motoristes, Aurelio Lampredi y occupe le trône central. Passé par Ferrari avant de devenir le chef d’orchestre des moteurs chez Fiat et Lancia, il a conçu des blocs si performants et robustes qu’ils ont traversé les décennies. Du prestigieux V12 Ferrari au légendaire « Bialbero » Lancia, retour sur un destin hors norme.

De Maranello à Turin : La quête de la puissance

Aurelio Lampredi commence sa légende chez Ferrari. C’est lui qui conçoit les grands V12 atmosphériques qui permettront à la Scuderia de remporter ses premiers titres mondiaux en Formule 1 au début des années 50. Mais c’est en rejoignant le groupe Fiat en 1955 qu’il va véritablement démocratiser la haute performance pour les conducteurs de tous les jours (et de rallye).

Le Chef-d’œuvre : Le moteur « Bialbero » (Twin Cam)

Si vous ne devez retenir qu’une seule création, c’est celle-ci. En 1966, Lampredi conçoit le moteur Fiat Twin Cam (double arbre à cames en tête). À l’époque, cette technologie était réservée aux voitures de sport exotiques. Lampredi, lui, décide de la rendre fiable et accessible.

Ce bloc est devenu le cœur battant de Lancia pendant plus de 30 ans :

  • La Stratos : Son moteur était certes un V6 Dino, mais l’influence de Lampredi sur la structure de l’équipe de développement était totale.
  • La Lancia 037 : Elle utilisait un bloc Lampredi suralimenté par un compresseur Volumex.
  • La Delta HF Integrale : Le légendaire 2,0 litres turbo qui a remporté 6 titres mondiaux consécutifs est l’évolution ultime du Twin Cam de Lampredi.

Pourquoi ses moteurs étaient-ils si spéciaux ?

L’ingénierie de Lampredi reposait sur un équilibre parfait entre trois piliers :

  1. La robustesse : Ses moteurs étaient souvent « sur-dimensionnés ». C’est ce qui a permis aux préparateurs de doubler la puissance des blocs d’origine sans qu’ils ne cassent.
  2. La sonorité : Un moteur Lampredi se reconnaît à l’oreille. Un timbre métallique, vif, qui donne l’impression que la voiture ne demande qu’à monter dans les tours.
  3. La polyvalence : Le même bloc de base pouvait propulser une paisible berline familiale ou une bête de course de 400 chevaux.

Le saviez-vous ? Même le petit moteur 1,3 litre de l’Y10 GT i.e. dont nous parlions précédemment est un « fils spirituel » de ses travaux. Il a hérité de cette chambre de combustion optimisée qui rendait les moteurs italiens plus nerveux que leurs concurrents.

L’héritage de l’Elefantino Rosso

Lorsque Lancia lance l’Y avec son badge Elefantino Rosso à la fin des années 90, elle utilise un moteur 1,2 litre 16 soupapes qui, bien que moderne, respecte encore les principes de vivacité et d’efficacité édictés par Lampredi des décennies plus tôt.

Aurelio Lampredi s’est éteint en 1989, l’année même où la Delta Integrale 16V triomphait sur tous les terrains du monde. Un timing qui sonne comme une révérence finale, celle d’un homme qui a su transformer du métal et de l’essence en légende.

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