Présentée au Salon de l’Automobile de Turin en 1978, la Lancia Sibilo repose sur l’une des mécaniques de compétition les plus redoutables de son époque : la Lancia Stratos HF. Pourtant, sous le trait du génial Marcello Gandini chez Carrozzeria Bertone, ce concept-car unique a poussé le langage du wedge design (le style en coin) vers un niveau d’abstraction monolithique totalement inédit dans l’histoire de l’automobile.
Pour les passionnés de SquadraLancia.fr, retour sur cette étude de style visionnaire qui continue de fasciner près de cinq décennies plus tard.
Une mécanique de rallye sous un carrossage spatial
Au moment où la Lancia Sibilo voit le jour, la Stratos HF règne sans partage sur les épreuves du Championnat du Monde des Rallyes. Pour concevoir ce prototype utilisable et roulant, Bertone reprend l’intégralité du châssis tubulaire de la Stratos, mais apporte une modification structurelle majeure : le châssis est allongé de 10 centimètres.
Cette modification permet d’adoucir les proportions ultra-courtes de la Stratos originale et d’offrir une ligne plus fluide et élancée. En position centrale arrière, on retrouve le mythique moteur V6 Dino 2,4 litres de 190 ch, associé à une boîte manuelle à 5 rapports entraînant les roues arrière.
| Caractéristique | Spécification Lancia Sibilo (1978) |
| Base mécanique | Lancia Stratos HF (chassis rallongé de 10 cm) |
| Moteur | V6 Dino 2.4L à 60° (origine Ferrari) |
| Puissance | 190 ch à 7 000 tr/min |
| Transmission | Propulsion, boîte manuelle 5 rapports |
| Carrosserie | Monolithe en acier et polycarbonate |
| Dimensions (L x l x h) | 4,18 m x 1,82 m x 1,07 m |



Le « Monolithe » : Un vitrage fondu dans la carrosserie
L’ambition stylistique de Marcello Gandini sur la Sibilo était de supprimer toute rupture visuelle entre les éléments de Tôlerie et les surfaces vitrées. La voiture a été pensée comme un bloc unique, taillé dans la masse.
1. Le polycarbonate intégré
Les vitres latérales et le pare-brise sont réalisés en polycarbonate et intégrés affleurants à la carrosserie. Pour accentuer l’effet de continuité, la peinture extérieure — une teinte chocolat/marron foncé typique de la fin des années 70 — est appliquée en dégradé directement sur les bords des vitrages.
2. Des guichets circulaires
Afin de conserver la ligne monolithique sans découpure de vitres traditionnelles, Gandini a conçu de petites ouvertures circulaires et coulissantes sur les vitres latérales, spécialement pensées pour le péage ou les échanges rapides.
3. Les détails d’éclairage
Les essuie-glaces s’effacent complètement sous une lame aérodynamique. La face avant épurée dissimule des phares escamotables, tandis que la poupe s’habille d’un bandeau horizontal d’optiques arrière incrusté dans la carrosserie, précédant de plusieurs décennies la mode actuelle des signatures lumineuses traversantes.



Un habitacle digne d’un film de science-fiction
À l’intérieur, la Lancia Sibilo repousse encore plus loin les limites de l’ergonomie automobile. L’ambiance fait écho à un cockpit de vaisseau spatial :
- Le volant monobloc anatomique : Véritable sculpture au centre du poste de pilotage, le volant est un disque solide en matière synthétique moulé pour s’adapter parfaitement aux paumes de la main. Les commandes principales de clignotants et d’avertisseur sonore sont intégrées directement au centre de la branche unique.
- L’instrumentation numérique : Abandonnant les cadrans à aiguilles traditionnels, la planche de bord épurée intègre des affichages numériques placés au centre du tableau de bord, juste sous le champ de vision du conducteur, orientés vers l’axe de vision pour ne pas quitter la route des yeux.
- Les baquets intégrés : Les sièges habillés de cuir brun forment une continuité parfaite avec le tunnel central et le garnissage des portes.



Une pièce d’art devenue légende de collection
Conservée pendant des décennies au sein du musée Bertone à Caprie, la Lancia Sibilo a survécu dans son état d’origine absolu. Lors de la célèbre vente aux enchères RM Sotheby’s de la collection Bertone au Concours d’Élégance de Villa d’Este en 2011, elle a été acquise par un grand collectionneur, rejoignant le cercle très fermé des prototypes Lancia préservés.
Considérée comme l’un des sommets du travail de Marcello Gandini aux côtés de la Stratos HF Zero et de la Lancia Marzal, la Sibilo reste un témoignage vibrant de l’époque où Lancia et les carrossiers italiens façonnaient l’avenir de l’automobile avec une liberté créative totale.








