Sur les rubans d’asphalte infinis et périlleux du Mexique, l’histoire de la Carrera Panamericana s’écrit autant avec des exploits sportifs d’anthologie qu’avec des rencontres culturelles inattendues. Si la course d’origine a consacré le génie visionnaire de Gianni Lancia au début des années cinquante, sa renaissance contemporaine sous forme de rallye historique a attiré les passionnés les plus illustres de la planète. Parmi eux, Nick Mason, légendaire batteur des Pink Floyd et esthète automobile absolu, a choisi en 1990 d’affronter cette traversée sauvage au volant d’une Lancia Aurelia B20 GT de 1954. Une aventure mécanique palpitante qui allait servir de matrice à un film culte et à l’une des bandes-son les plus singulières de l’histoire du rock.
L’écho glorieux de l’épopée turinoise au Mexique
Pour un pilote averti comme Nick Mason, aligner une Aurelia B20 GT au départ de la classique mexicaine relevait d’une véritable déclaration d’amour à l’histoire du sport automobile. Dans les années cinquante, la Carrera Panamericana s’imposait comme l’épreuve sur route la plus exigeante et meurtrière du calendrier international. La marque de Turin y avait forgé sa légende en signant un triplé retentissant lors de l’édition 1953 grâce aux fabuleuses barquettes D24 menées par Juan Manuel Fangio, Piero Taruffi et Eugenio Castellotti.
Mais bien avant ces prototypes d’usine purs et durs, c’est l’Aurelia B20 qui avait ouvert la voie dès 1951 entre les mains de virtuoses comme Felice Bonetto et Umberto Maglioli. Face aux paquebots américains lourdement motorisés par de gros V8, la belle italienne avait sidéré les observateurs par l’équilibre de son comportement et l’efficacité redoutable de son V6 conçu par Francesco De Virgilio. En engageant son propre coupé turinois près de quatre décennies plus tard, le musicien britannique renouait avec cette grande tradition du panache transalpin sur des routes réputées impitoyables pour les châssis.
Du cockpit de l’Aurelia B20 aux studios d’enregistrement
L’expédition mexicaine de 1990 au volant de l’Aurelia B20 GT n’avait rien d’une promenade de santé pour amateurs d’anciennes. Disputée sur plus de trois mille kilomètres à des altitudes vertigineuses, alternant cols escarpés de la Sierra Madre et longues lignes droites balayées par la poussière, la course imposait un rythme soutenu et une attention de chaque instant. L’architecture novatrice de l’Aurelia, caractérisée par sa boîte de vitesses et ses tambours de freins accolés au pont arrière selon le schéma transaxle, offrait une agilité précieuse dans les lacets montagneux.
Cette communion avec la mécanique italienne a profondément marqué Nick Mason, au point d’enflammer l’enthousiasme de ses complices. Dès l’année suivante, il convainc le guitariste David Gilmour et le manager du groupe Steve O’Rourke de tenter à leur tour l’aventure mexicaine. Cette fascination pour les trajectoires et l’adrénaline de la course aboutit en 1992 à la sortie du film documentaire « La Carrera Panamericana », mis en scène par le réalisateur Ian MacArthur.
Une symphonie de rock psychédélique sur fond d’asphalte
Rythmé par les images spectaculaires des concurrents lancés à tombeau ouvert et la ferveur populaire des villages traversés, le long-métrage immortalise les exploits des deux membres des Pink Floyd. Pour habiller cette épopée poussiéreuse, le groupe britannique s’enferme en studio pour composer une bande-son sur mesure, alternant classiques revisités et morceaux inédits conçus spécialement pour l’occasion. Des titres instrumentaux rares comme « Carrera Slow Blues », « Mexico ’78 » ou « Pan Am Shuffle » viennent souligner le vrombissement des moteurs et la rudesse des paysages désertiques.
En déclenchant cette étincelle créative chez les maîtres du rock progressif, la noble Lancia Aurelia B20 GT a une nouvelle fois prouvé qu’elle dépassait le simple statut de chef-d’œuvre d’ingénierie. Elle demeure cette muse mécanique intemporelle capable de relier le génie novateur des ateliers de Turin aux riffs planants de l’un des plus grands groupes musicaux du XXe siècle.
Et bravo, car c’est encore une trouvaille d’AUTOcult.fr.


